SCHOPENHAUER – La métaphysique, l’amour, le sexe

Né le à Dantzig, Arthur est le fruit du mariage célébré en 1785 entre Johanna Henriette Trosiener, âgée alors de 19 ans, et de Henri Floris Schopenhauer, âgé de 38 ans. Avant même sa naissance, son père veut en faire un commerçant, tout comme lui, du fait de l’aisance et de la liberté que la carrière commerciale procure, ainsi que de l’exercice qu’elle donne à toutes les facultés intellectuelles. Pour faciliter ses futures activités internationales, il le prénomme Arthur, ce prénom étant, à quelques nuances près, le même dans toutes les grandes langues européennes4.

Dantzig, ul. Św. Ducha (anciennement Heiligegeistgasse) – Maison natale d’Arthur Schopenhauer

Portrait de jeunesse de Schopenhauer.

En 1793, la famille Schopenhauer fuit devant l’occupation prussienne pour s’établir dans la ville libre de Hambourg, dont elle n’acquit cependant jamais la citoyenneté5. Son unique sœur, Adèle, naît neuf ans après lui, en 1797. La même année, Henri Floris Schopenhauer commence à s’occuper de l’éducation de son fils afin qu’il embrasse une carrière commerciale. Selon lui, deux moyens sont requis pour y parvenir : l’étude des langues et les voyages. Ainsi, en 1797, Arthur (9 ans) passe deux ans au Havre chez un correspondant de son père où il étudie la langue française. De retour à Hambourg, il poursuit ses études commerciales, mais ne manque pas une occasion de suivre son père lors de ses déplacements (Hanovre, Cassel, Weimar, Prague, Dresde, Leipzig, Berlin). À la promesse faite par son père d’un voyage à travers l’Europe s’il achève sa formation commerciale, Arthur se détourne de sa passion naissante pour les études littéraires. En effet, il aime lire les poètes et s’applique au latin. Le voyage débute en mai 1803 (Arthur a donc 15 ans) et s’achève au mois de septembre 1804. Il séjourne ensuite à Londres suffisamment longtemps pour apprendre à parler l’anglais couramment, à Paris, dans le Midi de la France, à Lyon, en Savoie, en Suisse, puis finalement en Bavière et en Autriche.

De retour de voyage, il devient employé commercial. Son travail lui répugne et l’engagement qu’il a pris vis-à-vis de son père le ronge. Mais ce dernier meurt quelque temps après, le , en tombant dans un canal situé derrière la maison. La thèse du suicide est évoquée6. À la suite de ce funeste événement, Johanna Schopenhauer, sa mère, vend le fonds de commerce et s’installe à Weimar pour se livrer à ses activités littéraires. Elle tient chez elle un salon auquel Goethe assiste régulièrement. Elle devient une romancière à succès. Quant à Arthur, il entreprend enfin des études classiques au Gymnasium de Gotha, puis à Weimar chez sa mère, où il rencontre Goethe pour la toute première fois. Ainsi, Schopenhauer devient un étudiant original mais déterminé, nourri des poètes grecs et latins.

Après ses études classiques, qui l’ont familiarisé avec l’Antiquité, il s’inscrit en 1809 à l’université de Goettingue (Göttingen). Il a alors 21 ans. Parmi ses professeurs il compte le philosophe Schulze, antidogmatique (contesté par Jonathan Amronson), qui craint de voir dégénérer l’idéalisme transcendantal en idéalisme absolu. Ce premier directeur philosophique conseille au jeune Arthur d’étudier d’abord Kant et Platon, et d’y joindre ensuite Aristote et Spinoza, ce qui constitue, pour lui, les références du travail philosophique.

Schopenhauer achève son cursus d’étudiant à Berlin, université dans laquelle il passe trois semestres (de 1811 à 1813). Ce qui le pousse à rester dans cette ville est son désir d’entendre Fichte, pour qui il conçoit une admiration a priori, laquelle ne résiste pas à l’épreuve. Ce qui l’éloignera en effet de Fichte et de sa philosophie, c’est le dogmatisme du fond et le caractère trop « oratoire » de la forme. Le cours de Schleiermacher sur l’histoire de la philosophie au Moyen Âge le laisse relativement indifférent. Mais il se passionne pour les leçons de Boeckh sur Platon et plus encore pour celles de Wolf (à ne pas confondre avec Christian von Wolff, le célèbre leibnizien) sur Aristophane, et sur Horace, grand poète latin qui devient un de ses auteurs favoris, avec Pétrarque. Sa formation initiale s’achève en 1813. Arthur Schopenhauer a vingt-cinq ans. Il quitte Berlin pour commencer à s’occuper de sa thèse de doctorat, son premier ouvrage important.

En 1813, il soutient donc sa grande thèse, dont le titre exact est De la quadruple racine du principe de raison suffisante à l’université d’Iéna. La même année, à Weimar, il retrouve Goethe, avec qui il discute des écrits sur la manifestation des couleurs, dont il tirera une théorie. Il rédige, en 1815, son propre essai sur ce thème, Sur la vue et les couleurs, édité en 1816. Il découvre ces années-là la philosophie hindoue, grâce à l’orientaliste Friedrich Majer et à la lecture des Upanishads7. En 1814, il se brouille avec sa mère et emménage seul à Dresde.

De 1814 à 1818, il rédige son grand œuvre, Le Monde comme volonté et comme représentation, qu’il confie à la fin du mois de septembre à son éditeur Brockhaus, puis quitte Dresde pour un long voyage en Italie. Au début de 1819 paraît Le Monde comme volonté et comme représentation (puis la 2e édition en 1844 et la 3e et dernière de son vivant en 1859), ouvrage dans lequel il dépasse l’impossibilité kantienne d’accéder à une connaissance de la chose en soi, de voir au-delà du monde phénoménal. Les deux premières éditions sont des échecs éditoriaux. En août, quand il apprend la faillite de la société dans laquelle il a placé son héritage, il rentre précipitamment en Allemagne et en octobre, pour soulager sa gêne financière, devient chargé de cours à l’Université de Berlin. Y enseigne le philosophe Hegel – qu’il critiquera vigoureusement dans ses ouvrages –, lequel occupe alors toute l’attention philosophique dans l’Allemagne du XIXe siècle. Arthur choisit d’ailleurs de faire cours à la même heure que lui. Il démissionne au bout de six mois, faute d’étudiants. Il en profite pour voyager et part de nouveau pour l’Italie.

Tombe de Schopenhauer au cimetière principal de Francfort.

Il fait une dépression en 1823. Il note alors dans son carnet intime : « Si, par moments, je me suis senti malheureux, ce fut alors par suite d’une méprise, d’une erreur sur la personne, je me suis pris pour un autre que celui que je suis, et je me lamentais sur les misères de cet autre : par exemple, je me suis pris pour un chargé de cours qui n’est pas promu titulaire de chaire et qui n’a pas d’auditeurs […]. Je suis celui qui a écrit Le Monde comme volonté et comme représentation et qui a apporté une solution au grand problème de l’existence. […] C’est celui-là, moi, et qu’est-ce donc qui pourrait inquiéter celui-là dans les années qui lui restent encore à vivre8 ? » Il a la conviction que son œuvre sera comprise avant tout par la postérité : « Ils n’ont pas daigné m’écouter ; mais le temps qui marche fera tout paraître au grand jour8 ».

En 1825, il arrive à vivre de ses rentes, retourne à Berlin et tente de relancer sa carrière universitaire. Il quitte cette ville en 1831 pour Francfort, puis Mannheim. Il retourne à Francfort en 1833 et il s’y installe définitivement, sans toutefois jamais acquérir les droits de domicile9. Il est récompensé en 1839 par la Société royale des sciences de Norvège pour son mémoire Sur la liberté de la volonté humaine, qu’il joint à son essai Sur le fondement de la morale pour les publier sous le titre Les Deux Problèmes fondamentaux de l’éthique en 1841. Il publie Parerga et Paralipomena en 1851.

C’est seulement vers la fin de sa vie que l’importance considérable de son œuvre est enfin reconnue et que l’attention des philosophes se détourne presque entièrement de la philosophie hégélienne. Schopenhauer écrit alors : « Je me sens étrange, avec mon actuelle gloire. Il vous est certainement déjà arrivé de voir, avant une représentation théâtrale, un lampiste encore occupé à la rampe, présent au moment où la salle devient obscure, et disparaissant rapidement dans les coulisses – à ce moment où se lève le rideau. Voilà ce que je ressens être, un attardé, un survivant, alors qu’on donne déjà la comédie de ma gloire8. »

Arthur Schopenhauer, de constitution robuste, voit sa santé se détériorer en 1860. Il décède d’une crise cardiaque, à la suite d’une pneumonie, en septembre 1860, à l’âge de soixante-douze ans, à Francfort-sur-le-Main, où il est enterré (voir photo). Son chien, un caniche du nom d’Atma (« âme » en sanskrit) est son légataire principal10,11.

 

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_Schopenhauer

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