L’homme chevreuil / 7 ans de VIE commune avec les chevreuils. Geoffrey Delorme aka Mr. Chevreuil

« Pour qu’ils viennent à nous, il ne faut pas avoir envie de les voir.
Selon ce que nous pensons, nous dégageons des odeurs différentes.
On ne les aborde jamais en conquérant, mais dans une attitude humble, en leur faisant comprendre que nous ne sommes pas les grands gagnants.
La nature nous apprend que l’on est plus fort quand on sait que l’on est vulnérable.
Les chevreuils apprécient beaucoup de partager un repas avec nous.
Les chevreuils n’entretiennent pas d’amitié, ils s’entraident.
Nous, les humains, sommes le lien avec le monde animal.
Nous avons oublié ce que cela signifie d’être humain.
Les chevreuils m’ont appris ce qui est bon à manger, comment dormir par petits cycles.
Pendant qu’ils ruminaient, je méditais. Chacun son truc.
En faisant semblant d’ignorer l’animal, on l’attire.
Il y avait une curiosité mutuelle. Sans vouloir se posséder et se contrôler, chacun fait ce qu’il veut, et quand on a besoin les uns des autres, on est là les uns pour les autres.
La forêt m’a appris les subtilités.
Dans la forêt, il s’agit du don de soi… pas du profit, ni de ce que l’autre peut m’apporter.
En vivant ensemble, on est plus fort ensemble.
En étant avec eux, de nombreuses possibilités m’ont été révélées.
Ma tâche était d’apprendre d’eux et de les suivre…
Pour certaines chevreuils, je suis devenu le protecteur.
Ils ont des sentiments comme nous. La seule différence avec nous est que nous les jugeons.
Plus nous détruisons la forêt, plus les chevreuils s’approchent de la ville. Mais ils ne sont pas en colère ni ne nous en veulent pour autant.
Et si nous construisions des corridors verts dans les villes ? Avec des arbres fruitiers et des ronces.
On ne peut pas vivre dans la forêt sans y être préparé.
La liberté n’est pas la liberté, ce n’est pas LA liberté ».

Chaque mot, chaque phrase que Geoffrey dit a du poids. Il m’a profondément touché. Malheureusement, la batterie s’est épuisée à la fin, mais il n’y aurait de toute façon pas eu de bon moment pour mettre fin à l’interview, car nous aurions pu continuer à parler pendant des heures – et apprendre de lui.
Geoffrey est probablement l’une de ces très rares personnes qui ont été capables de vivre dans la forêt avec un grand sens de l’intégrité, comme il a, finalement à l’âge de 18 ans, pu échapper à l’autorité parentale, qui ne lui permettait pas de sortir de chez lui jusqu’à cet âge.

Son objectif n’a jamais été d’écrire un livre ni d’en faire un film un jour. Les photos qu’il a prises pendant ses 7 années dans la forêt étaient destinées à agrémenter son propre album de photos de famille.
Si c’était pour la gloire, Geoffrey n’aurait jamais pu VIVRE cette aventure, cette authenticité. Parce qu’à la fin de la journée, tout ce qui l’intéressait pendant ces 7 ans était… De VIVRE ! Ni de faire, ni d’avoir, ni d’être.

Aujourd’hui, il partage généreusement son expérience avec les lecteurs de son livre. « L’homme chevreuil – 7 ans de vie sauvage ». Un grand film est en préparation.

Après l’entretien, Geoffrey m’a dit que tous ses cerfs, sa famille, ont été victimes des chasseurs. « Le moment de la chasse provoque une grande panique parmi tous les habitants de la forêt. » Et il nous fait également comprendre au cours de notre entretien, que la forêt, avec sa déforestation massive, sans égard pour la vie sauvage, détruit la base alimentaire vitale des chevreuils.

Et quand on lui demande si la forêt lui manque, il répond : « La forêt ne me manque pas. Elle est en moi ». Il est facile de s’en apercevoir.

C’est une bénédiction de se prendre ces 1h20 pour cet échange simple, profond et vrai.

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